Je ne vous abandonnerai pas. Dr Jean-Pierre Cohen.

Je ne vous abandonnerai pas. Dr Jean-Pierre Cohen.

 

Dr Jean-Pierre Cohen

Chirurgien

 

 « Je ne veux plus réparer les corps, mais soigner les personnes »

 

Du culte de la technique à l’éclosion de l’empathie

 

Récit intime et vibrant, cet ouvrage livre le témoignage intense et authentique du Docteur Jean-Pierre Cohen, et trace en creux son itinéraire, celui d’un chirurgien chevronné, mais aussi celui d’un homme humble et impliqué.

 

Un homme qui ne veut plus simplement « réparer » des corps et combattre le cancer et la maladie, mais soigner des personnes, des femmes et des hommes ordinaires, confrontes à des situations extra-ordinaires.

 

Un témoignage intense et authentique.

 

« … Beaucoup de patients se plaignent qu’on ne leur explique pas suffisamment leur état, les soins à venir ou le pronostic de leur pathologie. Et beaucoup de praticiens, en particulier chez les chirurgiens, considèrent encore que la parole est d’argent et que le silence est d’or. Ce silence qui les protège d’une explication, d’une confrontation.

 

Un silence cependant difficile pour les patients, un silence qui fait mal, qui laisse redouter et imaginer parfois bien pire que la réalité, qui isole, emmure dans la maladie. Pour éviter de trop en dire, certains praticiens se réfugient dans le report :

 

« On vous appellera dans quarante-huit heures pour les résultats »,

 

« On vous recontacte après la RCP (réunion de concertation pluridisciplinaire) pour vous dire ce qu’on décide ».

 

Ce silence par omission renforce l’inquiétude du patient. D’autres se cachent derrière un jargon professionnel ésotérique, donc opaque pour le patient. Ils parlent mais ne disent rien, puisque leur message est incompréhensible pour celui à qui il est destiné. Communication une fois de plus inégale. L’important n’est pas de prononcer des mots, mais bien de rendre une explication claire par le choix des mots adaptés.

 

Le contenu est plus important que le vecteur. Jargonner est pire que le silence, car c’est un silence maquillé, sciemment ou inconsciemment, qui donne bonne conscience (« Je vous ai tout expliqué »), mais qui n’éclaire ni ne rassure le patient. Comme s’il avait encore besoin de ça. »

 

Extraits.

 

«  … Chaque « cas », c’est-à-dire chaque stade de chaque maladie qui relève de mes compétences. Pas de place pour le patient dans ce duel. Ou plutôt une place accessoire : il est le terrain sur lequel va se dérouler ce duel. Un figurant, en quelque sorte. Ce qu’on ne m’a jamais enseigné, que j’ai fini par comprendre au fil des années, de l’expérience, des succès et aussi des échecs, c’est que nous soignons des patients quand on nous « formate » pour combattre des maladies dans des corps.

 

Je ne vous abandonnerai pas. Dr Jean-Pierre Cohen.Dans nos congrès ou nos réunions de service – ce que nous appelions « staff » et qu’on appelle désormais « réunions de concertation pluridisciplinaire » (RCP3) –, c’est de « dossiers » que nous discutons. Un dossier, c’est-à-dire un diagnostic et une classification au sein d’une maladie : un cancer du poumon stade II ou III, par exemple. Avec à la clé, pour chaque « dossier », un traitement « estampillé » par des recommandations de bonne pratique.

 

De bonnes pratiques « techniques ». Mais cet univers met au second plan celui qui est pourtant la pièce majeure de l’échiquier : le patient. Le patient, c’est-à-dire une personne « ordinaire » confrontée à une situation littéralement extra-ordinaire. Et qui doit rester une personne tout au long de l’épreuve qui l’attend, quelle qu’en soit l’issue. La performance technique qui oublie la personne est l’un des écueils de notre pratique. L’autre est celui d’échouer à communiquer, parce que nous oublions à quel point cette communication est inégale, déséquilibrée.

 

Inégale parce que, durant la consultation, l’un est demandeur (le patient), l’autre non (le médecin) ; l’un a peur, l’autre non ; l’un ne comprend pas tout ce qui lui arrive, quand l’autre connaît tous les aspects de la maladie, y compris et surtout son issue probable. Inégale aussi durant l’hospitalisation, car la « partie » se joue sur un terrain que le médecin maîtrise parfaitement jusque dans ses aspects les plus concrets, alors que le patient doit le découvrir ; le premier est en bonne santé quand le second est malade ; l’un se tient debout, en blouse blanche, parfois entouré de son équipe, quand l’autre est seul, allongé, à peine vêtu. Surtout, l’un est en train de jouer sa vie, l’autre pas ! Cette inégalité engendre des risques de dérapage. »

 

« … « C’est normal, docteur ? » Question récurrente qui laisse transparaître la peur. Être vraiment « présent », prendre son temps, choisir ses mots, expliquer une souffrance aident à l’atténuer. Quelques minutes, quelques mots ne remplacent pas la morphine, ou le geste chirurgical, mais peuvent aider à faire face à la douleur, à surmonter la peur (il existe en effet un rapport intime entre la douleur et la peur, l’une potentialisant l’autre dans un cercle vicieux). »

 

« … C’est aussi par la reconnaissance que j’ai lue dans les yeux de ces patients, de ces familles, que j’ai senti le besoin de parcourir ce chemin. Et d’exprimer ce qui est ma conviction profonde : le contrat qui nous lie, nous les chirurgiens, aux patients ne se résume pas à la seule performance technique, au « protocole » estampillé. Il doit être beaucoup plus large pour être plus efficient. Plus prenant aussi, assurément, mais tellement plus gratifiant.

 

Ce contrat, il m’apparaît aujourd’hui qu’il peut se traduire par ces quelques phrases : « Devant cet accident de la vie qu’est la maladie, je te prends en charge, avec ta souffrance, qu’elle soit morale ou physique. J’allégerai pour toi ce fardeau afin d’en prendre une partie sur mes épaules. Je ferai de mon mieux pour te rendre à ta vie antérieure et à ta famille. Je ne t’abandonnerai pas… »

 

L’auteur :

 

Jean-Pierre Cohen est chirurgien. Très impliqué dans le traitement du cancer, il exerce dans le Sud de la France depuis près de trente ans.

 

Je ne vous abandonnerai pas. Dr Jean-Pierre Cohen.

 

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Je ne vous abandonnerai pas. Dr Jean-Pierre Cohen.

 

 

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