Éloge de la vulnérabilité des hommes. – Jean-Philippe DE TONNAC

Éloge de la vulnérabilité des hommes. – Jean-Philippe DE TONNAC.

 

 Jean-Philippe DE TONNAC

 

Du masculin blessé au masculin sacré

 

Ces dernières années, certains hommes ont entrepris une remise en question radicale des héritages, des modèles et des valeurs que nos sociétés leur demandent d’épouser aveuglément. Ils ont longtemps été prisonniers d’un système qui leur a appris la conquête, l’ambition, le profit, la compétition, la puissance ou encore la performance. Aujourd’hui, ils se découvrent à travers de longs processus évolutifs qui mettent en lumière leur aptitude pour l’introspection, l’intériorité, le silence, le renoncement et la vie spirituelle.

Jean-Philippe de Tonnac est allé à la rencontre de quatorze d’entre eux, acteurs de ces profondes transformations pour leur demander de raconter leur chemin. Ils partagent avec nous les outils, thérapies et initiations qui leur ont permis de soigner le fils mal-aimé, le père déserteur, le compagnon immature, le citoyen distrait, le vivant inconséquent, le Sapiens déconnecté…

Sources d’inspiration, leurs exemples et leur humilité invitent chacun d’entre nous à œuvrer à la guérison du monde.

 

Introduction

 

«Elle a été frappée par la fragilité des hommes qu’elle a connus, par leur réticence à regarder en eux-mêmes, donc par l’ignorance où ils étaient de leur intériorité.» Charles Juliet, Gratitude – Journal IX, 2004-2008.

Si on est homme et si on prend la mesure de ce que nos sociétés patriarcales ont fait aux femmes, on en oublie souvent qu’en blessant son féminin, notre humanité s’est tiré une flèche ou une balle dans les deux pieds. Dans quelques régions du monde, les femmes font entendre l’urgence qu’on les respecte, qu’on ne décide rien pour elles, à leur place, qu’on leur laisse le temps de ramener à la surface ce qu’elles sont, de si profond, de si beau, ce qu’elles avaient envie de chanter, de crier, de vibrer et depuis si longtemps, depuis la fondation du monde, notre monde qui les a tenues et les tient encore muettes. Mais les hommes, que font-ils pour soigner leur blessure, pour se mettre au travail, le travail intérieur, pour se changer avant de changer le monde, pour évoluer, pour cesser de faire de beaux discours dans des COP coûteuses et ronronnantes, et pour agir? Agir pour le vivant, pour la vie. Comment des dirigeants d’entreprise ou de grands pays peuvent-ils, à chaque échéance, chaque élection, promettre de déplacer des montagnes s’ils ne sont jamais entrés une seule fois en eux-mêmes balayer la plus petite pellicule de poussière ? Une constatation s’est imposée à moi en rencontrant quelques hommes remarquables, émouvants, pour faire ce livre : dans la mesure où ils ne le savent toujours pas et qu’on n’a pas trop intérêt à le leur faire savoir, les hommes sont peut-être les principales victimes de la grande et trop longue histoire du patriarcat. De magnifiques et malheureux, très malheureux, dindons de la farce.

Éloge de la vulnérabilité des hommes. – Jean-Philippe DE TONNACMon parcours d’homme est assez discret. J’ai été un fils raté, n’ayant pas eu de père à mes côtés et j’ai été un père raté, n’ayant pas su garder mes enfants suffisamment près de moi, pas su leur dire que la vie sans eux avait eu tendance à claudiquer. Sur l’échiquier social, je n’ai pas été non plus bien courageux ni bien glorieux, pâle figure rasant les murs, la plupart du temps invisible, préoccupé seulement de peindre, dessiner, lire et écrire, m’étant trouvé bientôt tout entier absorbé par la tâche de réparer les dégâts causés par la longue épreuve d’une anorexie restrictive commencée au sortir de l’adolescence et couvée déjà dans l’enfance. Pour dire que j’ai manqué de répondant et à peu près dans tous les domaines. Si j’ai fini par trouver un moyen de redresser en moi l’homme Pise, l’homme penché, je crois que c’est aux mots que je le dois, à ces chemins qu’ils dessinent et qui donnent à la vie l’élan de marcher.

L’anorexie est un processus de désincarnation sévère et, si on entreprend un chemin de guérison, un processus de réincarnation qui donne pour finir une connaissance assez aiguë et du corps et des manières de l’habiter. J’ai cru longtemps, comme les hommes que vous allez croiser dans ces pages et comme beaucoup d’hommes sur cette planète, que j’avais été marqué au fer rouge du malheur, que le chemin que j’avais à parcourir pour un jour ne plus souffrir était plus difficile, plus cabossé que celui des autres, que je partais de plus loin.

Je me suis, nous nous sommes lourdement trompés.

Les hommes commencent à prendre conscience de ce que les héritages qu’ils ont reçus, les outils qu’on a mis entre leurs mains pour devenir des hommes, des vrais, bien sûr, les modèles qu’on leur a proposés les ont conduits à répéter des gestes et des paroles exsangues de signification, de vertu et de panache, que leurs vies n’ont servi souvent qu’à creuser un peu davantage la tombe du monde. J’ai attendu longtemps avant d’oser ce livre. Je ne ressentais avec mon masculin et avec le masculin en général, dans ses expressions un peu courtes et bornées, aucune sympathie. Les modèles autour de moi n’avaient pas éveillé de vocation particulière, de ces vocations qui mettent en exergue quelques vertus masculines. J’avais préféré chercher des pères ou des frères dans le passé, l’histoire, la pensée, la littérature, des figures qui me donnent le goût de grandir et de croître. Dans cette existence, la mienne, totalement dédiée, je crois, à cette urgence de réparer, de guérir, moi, ma lignée, mon genre, mon espèce, j’avais toujours préféré l’aide des femmes, soignantes ou amies ou amantes, dont l’intelligence me donnait l’impression qu’elles comprenaient intuitivement de moi ce que je ne comprenais pas. Quand j’ai eu connaissance de ces médecines de l’invisible qui ne peuvent guérir les vivants sans chercher à guérir le lien qu’ils entretiennent avec leurs morts, je me suis tourné très naturellement vers des femmes, des femmes remarquables, ces guérisseuses qu’on appelait autrefois des sorcières ou des sages-femmes. Ces femmes qui continuent à vous accoucher jusqu’à ce que vous soyez un jour ce que vous êtes au-delà de tous les masques que vous avez posés sur votre visage pour raconter, à vous et au monde, des histoires.

Quand il s’est agi de présenter Le Cercle des guérisseuses, au moment des dédicaces, on me demandait souvent s’il existait aussi des guérisseurs et je répondais que oui, que j’avais même fait entrer dans mes pages un homme réputé pour aider les âmes des défunts à libérer les vivants et à prendre le large.

Parce qu’il travaillait à l’époque en binôme avec Véronique Bez, une des guérisseuses retenues dans mon livre, père Mikhaël avait donc fait partie de l’aventure. Mais était-il le seul guérisseur en France? Bien sûr que non, et je m’expliquais comme je pouvais. Mon livre questionnait d’abord le féminin blessé, ce féminin maltraité, empêché. J’avais voulu m’intéresser de préférence aux sorcières de notre temps, celles qui drainent vers leurs cabinets de soins, leurs maisonnées, une humanité en extrême souffrance et qui n’a pas trouvé ailleurs de solution à ses malheurs. Les guérisseurs existaient, bien entendu, mais je rendais hommage à cette vocation féminine de prendre soin, d’être en lien, avec les vivants comme avec les morts. Je voulais participer à ma manière à la restauration de cette part maudite de nous-mêmes, comme je le ferais plus tard à travers mon roman paru chez le même éditeur, L’Ensaignement.

J’ai osé ce livre que vous tenez dans vos mains parce que je sentais qu’il allait m’aider à guérir mon masculin blessé, très blessé, qu’il aiderait aussi les hommes à se sentir moins seuls dans leurs empêchements et leurs souffrances, ce sentiment que j’ai eu si longtemps et que nous avons tous d’avoir été abusés par des bonimenteurs censés diriger le monde et qui le dirigent en réalité si mal, qui nous font prendre des vessies pour des lanternes et avaler quantité de couleuvres. J’ai eu honte d’être un homme dans une société gouvernée par des hommes qui ne se sont jamais assis sur un coussin pour méditer, qui ne se sont jamais mis à genoux pour prier, qui n’ont jamais demandé pardon, qui parlent et parlent comme on vomit. Les femmes ont commencé un travail pour se réparer de tous les outrages subis, pour redécouvrir leur puissance, pour prendre les places qu’on leur a toujours confisquées. Les hommes s’éveillent seulement à cette idée que nous sommes ici sur cette Terre non pas pour prendre, mais pour donner, non pas pour transformer, mais pour nous transformer, non pas pour éclairer les rues la nuit, mais pour illuminer notre monde intérieur. Qu’est-ce que peut vouloir dire le mot « évolution » s’il ne concerne pas la conscience, le cœur, ce désir profondément ancré en nous de sagesse ? J’ai suivi quatorze masculins en quête de verticalité, tombant et se relevant, émouvant dans cette aspiration à réparer en eux ce qu’ils avaient – ou qu’on avait – abîmé. Je dis « masculins», mais ceux-là me paraissent en voie d’équilibrer assez joliment leurs polarités. Hommes souvent bouleversants au sein desquels s’opèrent de très puissantes réconciliations.

Mon désir secret est que ces portraits, auxquels j’ajoute en propos liminaires quelques épisodes révélateurs de mon parcours, donnent aux hommes l’idée que le changement et que l’avenir se préparent et s’inventent d’abord au-dedans, dans les carrières intérieures. Les hommes ont regardé les femmes s’inscrire au cours de yoga, de tai-chi, accéder à des enseignements innombrables par Zoom, suivre une longue session de diète de rose, former des cercles de lune, entrer dans leurs huttes de sudation et n’ont pas compris. Dans l’ADN des hommes à l’ère de l’anthropocène, l’idée d’intériorité, de travail au-dedans, de croissance spirituelle est encore une idée sans racine, sans incarnation, une idée neuve et à eux étrangère. Ce livre voudrait les inviter à s’asseoir quelque part sous un arbre et leur donner envie de découvrir au-dedans d’eux-mêmes la sauvage et inaliénable beauté. Quand suffisamment d’hommes aimeront parler comme se taire, pénétrer comme accueillir, agir comme ne pas agir, performer comme rêver, changer le monde comme se changer au-dedans, guérir, en somme, alors nous pourrons commencer à parler d’avenir.

 

A propos de l’auteur

 

Jean-Philippe de Tonnac est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages dont Le Cercle des guérisseuses (prix ALEF 2020 des librairies Mieux-être et Spiritualité) et L’Ensaignement, parus chez le même éditeur. Pour son roman Azyme (Actes Sud), il a reçu le prix Écritures & Spiritualités 2017.

 

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Éloge de la vulnérabilité des hommes. – Jean-Philippe DE TONNAC

 

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