Quel serait le meilleur système scolaire au monde ?

Quel serait le meilleur système scolaire au monde ? Et si nous avions construit l’école contre la nature humaine ?

 

Et si le meilleur système scolaire au monde n’existait encore dans aucun pays ?

Depuis des années, les pays se comparent.

La Finlande fascine par son approche de l’élève. Singapour impressionne par ses performances en mathématiques. L’Estonie s’est imposée comme l’un des systèmes éducatifs européens les plus performants. Le Japon et la Corée du Sud affichent des résultats remarquables dans les évaluations internationales.

Et pourtant, quelque chose ne va pas dans notre manière de poser la question.

Nous demandons :

Quel pays a les meilleurs élèves ?

Mais peut-être devrions-nous demander :

Quel système scolaire produit les meilleurs adultes ?

La différence est fondamentale.

Un excellent système scolaire ne devrait pas seulement produire de bonnes notes, des diplômes et des résultats aux examens.

Il devrait produire des adultes capables de penser, travailler, créer, coopérer, gérer leur santé, comprendre leur environnement, prendre des décisions, élever leurs enfants s’ils le souhaitent, s’adapter à un monde qui change et continuer à apprendre toute leur vie.

Et cette définition change tout.

Car pour construire une telle école, il faut regarder l’enfant dans sa totalité.

Pas seulement son cerveau.

Mais aussi son corps.

Son sommeil.

Son développement.

Ses émotions.

Ses relations.

Ses différences individuelles.

Et, lorsque cela est pertinent, les différences biologiques entre garçons et filles.

Il faut aussi regarder la société autour de lui : le travail, la famille, l’économie, la technologie, l’intelligence artificielle et même la démographie.

C’est peut-être ainsi que l’on pourra commencer à imaginer l’école idéale.

 

1. Le premier problème : nous avons peut-être construit l’école autour du système plutôt qu’autour de l’enfant

L’école moderne est une invention extraordinaire.

Elle a permis de transmettre à des générations entières la lecture, l’écriture, les mathématiques, les sciences, l’histoire et une culture commune.

Mais elle possède aussi une caractéristique particulière : elle doit organiser simultanément des centaines, parfois des milliers d’enfants.

Il faut donc des horaires.

Des classes.

Des programmes.

Des examens.

Des calendriers.

Des transports.

Des enseignants.

Des règles communes.

C’est parfaitement compréhensible.

Mais une question mérite d’être posée :

ce qui est pratique pour organiser des millions d’enfants est-il nécessairement optimal pour leur développement ?

Un enfant n’est pas une machine à remplir de connaissances.

Son cerveau se développe.

Son corps se transforme.

Son sommeil évolue.

Sa capacité de concentration évolue.

Ses intérêts changent.

Sa maturité émotionnelle évolue.

Et deux enfants du même âge peuvent présenter des différences considérables dans leur développement.

Pourtant, l’école demande souvent à tous de faire la même chose, au même moment, pendant la même durée, puis les compare à l’aide des mêmes outils.

Cette standardisation a des avantages.

Mais elle possède également une limite évidente :

les enfants sont standardisés beaucoup plus facilement que les êtres humains ne le sont réellement.

 

2. Une école intelligente commencerait par respecter le sommeil

Il existe un sujet presque absent des grands débats éducatifs alors qu’il est fondamental :

le sommeil.

Un adolescent n’est pas simplement un adulte miniature.

À la puberté, les rythmes biologiques évoluent. Les adolescents ont généralement besoin de 8 à 10 heures de sommeil par nuit pour une santé optimale, selon les recommandations de l’American Academy of Sleep Medicine.

Et pourtant, dans de nombreux systèmes scolaires, les adolescents doivent se lever extrêmement tôt.

Le problème n’est pas seulement le nombre d’heures dormies.

Le moment auquel elles sont dormies compte également.

Une méta-analyse portant sur 28 études et environ 1,77 million de participants a trouvé que des horaires scolaires plus tardifs étaient associés à davantage de sommeil, à de meilleurs résultats développementaux et à moins d’humeur négative.

Cela pose une question simple :

Pourquoi demander à un cerveau adolescent d’être performant à une heure où son rythme biologique peut rendre le réveil particulièrement difficile ?

L’école est souvent organisée en fonction des horaires des adultes.

Transports.

Travail des parents.

Organisation des établissements.

Contraintes administratives.

Mais une école véritablement pensée autour de l’enfant devrait aussi se demander :

à quelle heure cet enfant est-il biologiquement le plus apte à apprendre ?

 

3. L’école du futur devrait adapter ses horaires à l’âge

Pourquoi un enfant de six ans et un adolescent de seize ans devraient-ils nécessairement avoir les mêmes horaires de début ?

Rien ne l’impose biologiquement.

Une école nouvelle pourrait donc imaginer des horaires différenciés.

Pour les jeunes enfants

Une journée davantage centrée sur :

  • le mouvement ;
  • le jeu ;
  • le langage ;
  • la manipulation ;
  • les interactions sociales ;
  • la découverte ;
  • les activités artistiques.

Pour les adolescents

Des horaires de début plus tardifs pourraient être envisagés, avec davantage de travail intellectuel pendant les périodes où ils sont réellement disponibles.

Cela ne signifie pas que les élèves doivent dormir toute la matinée.

Cela signifie simplement :

adapter l’organisation scolaire au développement de l’enfant plutôt que considérer que le corps doit s’adapter à l’emploi du temps.

Et le sommeil ne serait plus considéré comme du temps « perdu ».

Il serait reconnu comme une condition de l’apprentissage.

 

4. Le problème n’est pas seulement de dormir : c’est aussi de bouger

Le cerveau appartient à un corps.

Pourtant, dans certains systèmes scolaires, l’activité physique peut devenir la première variable sacrifiée lorsque le programme est trop chargé.

C’est une erreur.

L’école devrait permettre aux enfants de courir, sauter, jouer, construire, grimper, nager, danser, pratiquer des sports collectifs ou individuels et simplement apprendre à connaître leur corps.

Le sport ne devrait pas être considéré comme l’opposé des matières « sérieuses ».

Il fait partie de la construction de l’être humain.

Une école idéale devrait donc chercher un équilibre entre :

concentration, mouvement et récupération.

Pas huit heures de position assise interrompues par une courte récréation.

Mais une véritable alternance des modes d’apprentissage.

 

5. Et si nous arrêtions de confondre égalité et uniformité ?

Voici l’un des sujets les plus délicats de l’éducation :

les garçons et les filles sont-ils exactement identiques ?

La réponse scientifique est évidemment non.

Les sexes présentent certaines différences biologiques, notamment dans le développement pubertaire et certains aspects de la maturation.

Mais il serait tout aussi faux d’en déduire :

« les garçons doivent apprendre telle matière et les filles telle autre ».

Les différences entre individus sont immenses.

Une fille peut être passionnée de mécanique.

Un garçon peut être passionné de littérature.

Une fille peut devenir une brillante physicienne.

Un garçon peut devenir un excellent écrivain.

Les différences moyennes entre groupes ne permettent jamais de prédire correctement le potentiel d’un individu donné.

Voilà pourquoi une école intelligente devrait éviter les deux extrêmes.

Premier extrême :

nier la biologie.

Deuxième extrême :

transformer la biologie en destin.

La bonne réponse est probablement :

reconnaître les différences lorsqu’elles sont pertinentes, sans enfermer les individus dans des catégories.

 

Quel serait le meilleur système scolaire au monde ?

 

6. Faut-il séparer garçons et filles à l’école ?

Pas nécessairement.

Les meilleures données disponibles ne montrent pas qu’un enseignement systématiquement séparé soit globalement supérieur à l’enseignement mixte.

Une méta-analyse portant sur 184 études et environ 1,6 million d’élèves dans 21 pays a trouvé que les différences observées en faveur de l’enseignement séparé diminuaient fortement lorsque les chercheurs contrôlaient les biais de sélection. Dans les études les mieux contrôlées, les différences de performance étaient généralement très faibles.

Il serait donc scientifiquement excessif d’affirmer :

« Les garçons et les filles devraient avoir deux systèmes scolaires différents. »

Mais il serait tout aussi simpliste de conclure :

« puisque l’école est mixte, toutes les dimensions de l’éducation doivent être identiques pour tous. »

Prenons le sport.

Après la puberté, certaines différences physiologiques entre hommes et femmes deviennent importantes pour certaines performances physiques.

Dans ce domaine, tenir compte du sexe biologique peut donc être pertinent.

Dans d’autres domaines, cela peut être beaucoup moins utile.

L’école idéale ne chercherait donc pas à séparer systématiquement les sexes.

Elle chercherait à personnaliser davantage l’enseignement.

Même dignité.

Même accès aux connaissances.

Même ambition.

Mais davantage de souplesse pour tenir compte de l’âge, de la maturation, des capacités et des besoins individuels.

 

7. L’exigence n’est pas le problème. La peur peut l’être.

Une erreur serait de croire que l’école idéale doit être facile.

Non.

Une bonne école doit être exigeante.

Les élèves doivent apprendre à :

  • travailler ;
  • mémoriser ;
  • raisonner ;
  • écrire ;
  • résoudre des problèmes ;
  • persévérer ;
  • accepter la frustration ;
  • recommencer après une erreur.

La difficulté est indispensable à l’apprentissage.

Le problème apparaît lorsque la difficulté devient une menace contre l’identité.

Il existe une différence gigantesque entre :

« Je dois travailler pour réussir. »

et :

« Si je ne réussis pas, je suis un échec. »

La première phrase peut produire de l’effort.

La seconde peut produire de la peur.

Et la littérature scientifique montre bien une association entre pression académique et différents problèmes de santé mentale chez les adolescents. Une revue systématique de 52 études a trouvé qu’une grande majorité des études examinées observaient une association entre pression académique et au moins un indicateur de santé mentale.

Mais cette même revue souligne une limite essentielle : la plupart des études étaient observationnelles ou transversales.

Il faut donc être précis :

la pression scolaire est associée à des problèmes de santé mentale ; cela ne signifie pas que l’on peut attribuer automatiquement ces problèmes à l’école seule.

La santé mentale dépend de nombreux facteurs.

 

8. La Corée du Sud : jusqu’où peut aller la compétition scolaire ?

La Corée du Sud constitue un cas particulièrement intéressant.

Son investissement massif dans l’éducation a accompagné une transformation économique spectaculaire.

Mais le système est également marqué par une forte compétition académique et par un important recours au soutien scolaire privé.

En 2023, 78,5 % des élèves coréens du primaire et du secondaire participaient à des cours privés.

La dépense mensuelle moyenne par élève atteignait environ 434 000 wons, soit autour de 10 % du revenu disponible moyen des ménages selon l’OCDE.

L’OCDE rapporte également que près de la moitié des parents interrogés considèrent le coût du soutien scolaire privé comme très lourd, et que 27 % citent le poids de l’éducation et de la garde des enfants parmi les principales raisons associées à la baisse de la fécondité.

Et la Corée du Sud connaît une situation démographique exceptionnelle :

0,72 enfant par femme en 2023.

Il serait cependant scientifiquement faux de résumer cette situation par :

« La compétition scolaire provoque la baisse de la natalité. »

Ce n’est pas démontré.

La démographie coréenne résulte d’un ensemble de facteurs : coût du logement, marché du travail, longues heures de travail, normes de genre, difficulté à concilier carrière et famille, coût de l’éducation, garde des enfants et évolution des aspirations.

Mais l’éducation fait partie de l’équation.

Et cela permet de poser une question fascinante :

Que se passe-t-il lorsqu’une société rend le coût de l’éducation d’un enfant tellement élevé que chaque naissance devient aussi une décision économique majeure ?

 

9. Le « ticket d’or » de l’éducation

L’OCDE décrit cette compétition à travers l’idée de « golden ticket » : de nombreuses familles participent à une compétition pour accéder à quelques établissements ou filières très prestigieux.

Le paradoxe est puissant.

Individuellement, chaque famille peut avoir intérêt à investir davantage.

Mais si toutes les familles font la même chose, tout le monde doit investir davantage simplement pour conserver sa position relative.

C’est une forme de course collective.

Le problème ne réside donc pas seulement dans l’ambition.

Il réside dans une compétition où l’effort supplémentaire d’une famille oblige indirectement les autres à augmenter également leur effort.

On peut alors obtenir :

plus de cours privés,

plus de devoirs,

plus de dépenses,

plus de temps consacré à l’école,

plus de pression,

mais pas nécessairement une amélioration proportionnelle de la qualité de vie.

C’est ici que l’éducation rejoint une question beaucoup plus vaste :

quelle société voulons-nous construire ?

 

10. L’autre extrême : quand l’enfant n’a tout simplement pas accès à une éducation suffisante

Il serait cependant absurde d’en conclure qu’il faut réduire l’importance de l’éducation.

L’Afrique subsaharienne montre l’autre extrême.

Il faut évidemment éviter de parler de « l’Afrique » comme d’un seul système éducatif. Les pays sont extrêmement différents.

Mais à l’échelle de l’Afrique subsaharienne, les progrès sont réels tout en restant insuffisants.

Selon l’UNESCO, le taux d’achèvement du primaire est passé de 46 % en 2000 à 68 % en 2024.

En revanche, le taux d’achèvement du secondaire supérieur n’était que de 28 % en 2024.

Une partie importante des enfants termine également les niveaux scolaires avec plusieurs années de retard.

Le problème n’est donc pas que ces enfants recevraient « une mauvaise éducation parce qu’ils auraient trop peu de pression ».

Le problème est souvent beaucoup plus fondamental :

ils n’ont pas encore accès à suffisamment d’années d’éducation de qualité.

 

11. Éducation et fécondité : deux phénomènes qui évoluent ensemble

Dans de nombreuses régions du monde, la baisse de la fécondité accompagne des transformations sociales comprenant notamment l’urbanisation, l’augmentation du niveau d’éducation, l’emploi féminin, l’accès à la contraception et l’augmentation du coût d’opportunité d’avoir des enfants.

L’éducation des filles est particulièrement importante.

Lorsqu’une jeune fille reste plus longtemps à l’école, elle peut bénéficier de davantage d’opportunités professionnelles, d’un mariage plus tardif, d’une plus grande autonomie économique et d’un meilleur accès à l’information et aux services de santé.

Cela ne signifie pas que :

« l’école fait mécaniquement baisser la natalité ».

Ce serait trop simpliste.

Mais l’éducation fait partie des transformations associées à la transition démographique.

Et c’est là que la comparaison devient passionnante.

D’un côté :

l’enfant qui n’a pas suffisamment accès à l’école.

De l’autre :

l’enfant dont l’éducation devient tellement compétitive et coûteuse que la parentalité devient plus difficile.

Ce sont deux problèmes opposés.

Et le système idéal devrait éviter les deux.

 

12. L’école idéale ne devrait pas seulement produire des élèves

Voilà probablement le cœur du problème.

Pendant des décennies, nous avons mesuré l’école avec des indicateurs relativement faciles à quantifier :

  • notes ;
  • examens ;
  • diplômes ;
  • classement ;
  • résultats internationaux.

Mais que devient l’élève vingt ans plus tard ?

Sait-il gérer son argent ?

Comprend-il un crédit ?

Sait-il lire un contrat ?

Comprend-il ses impôts ?

Sait-il parler en public ?

Sait-il travailler avec des personnes différentes ?

Sait-il gérer un conflit ?

Sait-il cuisiner ?

Sait-il prendre soin de sa santé ?

Comprend-il le fonctionnement de son sommeil ?

Sait-il reconnaître une information fausse ?

Sait-il utiliser correctement une intelligence artificielle ?

Sait-il apprendre seul ?

Sait-il changer de métier ?

Sait-il créer quelque chose ?

Sait-il être un parent s’il choisit de le devenir ?

Ces compétences déterminent pourtant une immense partie de la vie adulte.

 

Quel serait le meilleur système scolaire au monde ?

 

13. Le programme scolaire devrait ressembler davantage à la vie

L’école idéale conserverait les matières fondamentales.

Mais elle les relierait davantage à la réalité.

Mathématiques

Pas seulement résoudre des équations.

Mais aussi :

  • comprendre les intérêts ;
  • gérer un budget ;
  • analyser des statistiques ;
  • comprendre les probabilités ;
  • interpréter des graphiques ;
  • détecter les manipulations numériques.

Sciences

Pas seulement mémoriser des formules.

Mais comprendre :

  • le corps humain ;
  • l’environnement ;
  • l’énergie ;
  • le climat ;
  • la technologie ;
  • les risques sanitaires.

Français et langues

Pas seulement faire des dissertations.

Mais apprendre à :

  • argumenter ;
  • écrire clairement ;
  • raconter ;
  • négocier ;
  • parler en public ;
  • distinguer un fait d’une opinion.

Histoire

Pas seulement retenir des dates.

Mais comprendre :

pourquoi les sociétés changent, pourquoi elles se trompent et pourquoi certaines erreurs se répètent.

 

14. De 3 à 6 ans : construire l’envie d’apprendre

À cet âge, l’école devrait être extrêmement attentive à ne pas transformer trop tôt l’apprentissage en compétition.

Le jeu est un outil d’apprentissage.

Le langage est essentiel.

La motricité est essentielle.

Les interactions sociales sont essentielles.

La découverte de la nature est essentielle.

La musique, les histoires, le dessin et la manipulation sont essentiels.

Le but n’est pas de transformer un enfant de cinq ans en étudiant.

Le but est de construire quelque chose de beaucoup plus précieux :

la curiosité.

Un enfant qui veut comprendre est un enfant qui possède déjà une partie du moteur de l’apprentissage.

 

15. De 6 à 11 ans : construire des fondamentaux presque indestructibles

À l’école primaire, les priorités devraient être extrêmement claires.

Chaque enfant devrait sortir du primaire avec des bases solides en :

  • lecture ;
  • écriture ;
  • mathématiques ;
  • expression orale ;
  • compréhension du monde ;
  • sciences ;
  • culture générale ;
  • activité physique.

Mais l’école devrait également commencer à enseigner une compétence fondamentale :

comment apprendre.

Pourquoi oublions-nous ?

Comment fonctionne la mémoire ?

Comment vérifier une information ?

Pourquoi certaines méthodes fonctionnent-elles mieux que d’autres ?

Comment se concentrer ?

Comment organiser son travail ?

Cette compétence accompagnera l’enfant toute sa vie.

 

16. De 11 à 14 ans : explorer avant de choisir

C’est probablement l’âge idéal pour multiplier les expériences.

Sciences.

Programmation.

Théâtre.

Musique.

Sport.

Cuisine.

Mécanique.

Électronique.

Agriculture.

Entrepreneuriat.

Architecture.

Arts.

Philosophie.

Journalisme.

Les élèves pourraient travailler sur des projets interdisciplinaires.

Imaginez qu’une classe doive créer un petit jardin.

Elle aurait besoin de biologie.

De mathématiques.

De géométrie.

D’économie.

De gestion de projet.

D’écriture.

De communication.

Et peut-être même d’informatique.

Les matières ne disparaissent pas.

Elles cessent simplement d’être enfermées dans des cases.

 

17. De 14 à 18 ans : plusieurs chemins vers l’excellence

Tous les adolescents n’ont pas besoin de devenir universitaires.

Certains sont passionnés de recherche.

D’autres veulent construire.

D’autres veulent soigner.

D’autres veulent entreprendre.

D’autres veulent créer.

D’autres veulent travailler avec leurs mains.

Une société intelligente ne devrait pas considérer toutes ces trajectoires comme une hiérarchie.

Un excellent mécanicien n’est pas un étudiant qui a échoué.

Un excellent infirmier n’est pas un chercheur raté.

Un excellent artisan n’est pas un universitaire inférieur.

Une société a besoin de différentes formes d’intelligence.

L’école devrait donc offrir plusieurs chemins vers l’excellence.

Université.

Formation professionnelle.

Apprentissage.

Entrepreneuriat.

Création artistique.

Recherche.

Et surtout :

la possibilité de changer de voie.

 

18. Il faudrait apprendre l’argent avant de gagner son premier salaire

C’est presque incompréhensible.

Un jeune peut passer quinze ans à l’école et quitter le système sans savoir correctement :

  • comment fonctionne un salaire ;
  • ce qu’est un taux d’intérêt ;
  • comment fonctionne un crédit ;
  • pourquoi l’inflation existe ;
  • comment construire un budget ;
  • ce qu’est une assurance ;
  • comment fonctionne un contrat ;
  • comment fonctionne un investissement ;
  • quels sont les risques d’un endettement excessif.

L’éducation financière devrait devenir une matière fondamentale.

Pas pour apprendre aux enfants à spéculer.

Pour leur permettre de comprendre le monde économique dans lequel ils vont vivre.

 

19. Il faudrait également apprendre la santé

L’école enseigne le fonctionnement du corps humain en sciences.

Mais elle pourrait aller beaucoup plus loin.

Chaque jeune devrait comprendre :

le sommeil ;

l’alimentation ;

l’activité physique ;

le stress ;

les addictions ;

la santé mentale ;

la sexualité et la santé reproductive ;

les mécanismes de la dépendance ;

les effets des écrans ;

quand demander de l’aide.

Le but ne serait pas de transformer les professeurs en médecins ou psychologues.

Le but serait de donner aux jeunes une culture sanitaire suffisamment solide pour prendre de meilleures décisions et savoir quand consulter un professionnel.

 

20. L’école devrait parler de famille et de vie adulte

Cette idée peut sembler surprenante.

Pourquoi apprend-on aux jeunes à résoudre des équations mais presque jamais à comprendre les réalités concrètes de la vie familiale ?

Une éducation complète pourrait expliquer :

  • le développement d’un enfant ;
  • le sommeil du nourrisson ;
  • le coût d’un logement ;
  • le fonctionnement d’un budget familial ;
  • la répartition des tâches ;
  • la communication dans un couple ;
  • la gestion des conflits ;
  • la conciliation entre travail et famille ;
  • les responsabilités liées à la parentalité.

L’école ne devrait évidemment jamais dire à un jeune combien d’enfants il doit avoir.

Mais elle peut l’aider à comprendre ce que signifie construire une vie adulte.

 

Quel serait le meilleur système scolaire au monde ?

 

21. L’échec devrait devenir un outil pédagogique

Nous voulons des entrepreneurs.

Des scientifiques.

Des artistes.

Des chercheurs.

Des inventeurs.

Mais nous avons parfois construit des systèmes où l’erreur coûte immédiatement des points.

Il y a un paradoxe.

Nous demandons aux enfants d’être créatifs tout en leur apprenant que la mauvaise réponse est quelque chose à éviter.

L’école idéale devrait donc organiser des situations où l’échec est possible et sans conséquence durable.

Créer quelque chose qui ne fonctionne pas.

Faire une expérience dont le résultat est différent de l’hypothèse.

Développer un programme qui contient des erreurs.

Présenter une idée devant la classe.

Créer une entreprise fictive qui échoue.

Puis analyser :

Pourquoi cela n’a pas fonctionné ?

L’objectif n’est pas de glorifier l’échec.

C’est d’apprendre à échouer sans s’effondrer.

 

22. L’intelligence artificielle va changer la définition du « bon élève »

Une transformation gigantesque est déjà en cours.

L’intelligence artificielle peut expliquer un concept, traduire un texte, générer du code, résumer des documents et aider à résoudre de nombreux problèmes.

Cela ne signifie pas que les connaissances deviennent inutiles.

C’est même l’inverse.

Plus les outils deviennent puissants, plus il faut comprendre ce qu’ils produisent.

L’école devra donc apprendre aux élèves à :

  • formuler une bonne question ;
  • vérifier une réponse ;
  • comparer des sources ;
  • détecter une hallucination ;
  • comprendre les limites d’un modèle ;
  • protéger leurs données ;
  • utiliser l’IA comme outil plutôt que comme substitut systématique de leur propre réflexion.

La compétence fondamentale devient alors :

être capable d’apprendre ce que l’on ne sait pas encore.

 

23. Le professeur doit devenir encore plus important

Certains pensent que l’intelligence artificielle rendra les enseignants moins nécessaires.

C’est probablement l’inverse sur le plan pédagogique.

Lorsque l’information devient abondante, sa transmission brute devient moins rare.

Ce qui devient précieux, c’est :

le jugement.

L’accompagnement.

La motivation.

La capacité à poser les bonnes questions.

La capacité à détecter une incompréhension.

La relation humaine.

Le professeur de demain devrait donc être moins un distributeur d’informations qu’un :

guide, mentor, entraîneur intellectuel et garant de la qualité.

 

24. Les devoirs devraient-ils disparaître ?

Non.

Mais ils devraient être repensés.

Le problème n’est pas nécessairement le devoir.

Le problème est l’accumulation.

Un élève peut déjà passer plusieurs heures à l’école, prendre les transports, faire du sport, avoir une vie familiale et avoir besoin de dormir.

L’école idéale devrait donc chercher à maximiser le travail réellement utile.

Moins de répétition mécanique.

Davantage de pratique ciblée.

Davantage de lecture.

Davantage de projets.

Et surtout :

ne pas transformer le temps familial en deuxième journée scolaire.

 

25. Les notes ne devraient plus résumer un être humain

Une note peut être utile.

Elle permet de mesurer quelque chose.

Mais elle ne mesure pas une personne.

Un élève peut avoir 9 en mathématiques et être excellent dans un autre domaine.

Un autre peut avoir 18 partout et manquer de créativité.

Un troisième peut progresser énormément sans atteindre immédiatement les meilleures notes.

L’école pourrait donc conserver les évaluations tout en développant un portfolio de compétences.

À 18 ans, un jeune pourrait présenter :

  • ses résultats académiques ;
  • ses projets ;
  • ses créations ;
  • ses compétences techniques ;
  • ses expériences professionnelles ;
  • ses engagements associatifs ;
  • ses capacités numériques ;
  • ses compétences de communication ;
  • ses réalisations collectives.

Au lieu de demander :

« Quelle est ta moyenne ? »

on pourrait demander :

« Qu’es-tu capable de comprendre, de créer et de réaliser ? »

 

26. Le classement PISA ne devrait pas être notre définition du succès

Les évaluations internationales sont utiles.

Elles permettent de comparer certains apprentissages.

Mais elles ne mesurent pas tout.

Un système éducatif devrait également être évalué sur :

La réussite académique

Les élèves savent-ils lire, écrire, calculer et raisonner ?

La santé

Dorment-ils suffisamment ?

Sont-ils physiquement actifs ?

Quel est leur bien-être ?

L’équité

L’origine sociale détermine-t-elle excessivement leur avenir ?

L’autonomie

Savent-ils apprendre seuls ?

La créativité

Sont-ils capables de produire des solutions nouvelles ?

La préparation au travail

Comprennent-ils réellement le monde professionnel ?

La préparation à la vie

Savent-ils gérer leur argent, leur santé et leurs relations ?

La résilience

Que font-ils lorsqu’ils échouent ?

La capacité d’adaptation

Peuvent-ils apprendre quelque chose de complètement nouveau ?

Voilà un classement beaucoup plus intéressant.

 

27. Il faut regarder ce que deviennent les élèves vingt ans après

Imaginez un indicateur révolutionnaire.

Au lieu de mesurer uniquement les élèves à 15 ans, on suivrait les cohortes pendant plusieurs décennies.

On demanderait :

À 25 ans :

sont-ils autonomes ?

À 30 ans :

ont-ils un emploi satisfaisant ?

À 35 ans :

savent-ils gérer leur santé et leurs finances ?

À 40 ans :

continuent-ils à apprendre ?

Et pour ceux qui souhaitent avoir des enfants :

le système éducatif leur a-t-il donné les moyens de concilier vie familiale et professionnelle ?

On pourrait enfin mesurer ce que l’école produit réellement :

des vies adultes.

 

28. Le système scolaire idéal en sept piliers

Si nous devions transformer toutes ces idées en un modèle concret, l’école du futur pourrait reposer sur sept grands piliers.

 

1. Des fondamentaux extrêmement solides

Lecture.

Écriture.

Mathématiques.

Sciences.

Expression.

Raisonnement.

Culture générale.

Ces fondamentaux ne doivent jamais être sacrifiés.

 

2. Le respect de la biologie

Sommeil.

Mouvement.

Repos.

Développement.

Rythmes d’apprentissage.

Santé.

L’école doit travailler avec le corps et non contre lui.

 

3. Une exigence élevée sans humiliation

On peut demander énormément à un enfant.

Mais il ne faut pas lui apprendre que sa valeur dépend de sa note.

Exigence + soutien.

Pas :

exigence + peur permanente.

 

4. Une véritable personnalisation

Un socle commun.

Puis des parcours progressivement plus personnalisés.

Pas forcément des écoles différentes.

Mais davantage de possibilités différentes.

 

5. La vraie vie comme matière

Argent.

Travail.

Santé.

Droit.

Famille.

Numérique.

IA.

Communication.

Cuisine.

Bricolage.

Citoyenneté.

 

6. La dignité de toutes les formes de compétence

Université.

Artisanat.

Industrie.

Santé.

Recherche.

Entrepreneuriat.

Technique.

Création.

Toutes ces compétences participent au fonctionnement d’une société.

 

7. L’autonomie comme objectif final

Le meilleur élève n’est pas celui qui dépend éternellement d’un professeur.

C’est celui qui finit par pouvoir :

apprendre seul ;

penser seul ;

travailler avec les autres ;

prendre des décisions ;

s’adapter ;

continuer à progresser.

 

29. Le véritable paradoxe de l’école

Nous voulons des adultes :

créatifs,

mais nous leur donnons parfois peu de liberté ;

autonomes,

mais nous contrôlons chaque minute ;

innovants,

mais nous punissons l’erreur ;

en bonne santé,

mais nous négligeons parfois le sommeil et le mouvement ;

capables de travailler,

mais nous leur enseignons parfois peu de choses sur le monde professionnel ;

capables de gérer leur argent,

mais nous leur enseignons peu de finance personnelle ;

capables de construire une famille,

mais nous parlons relativement peu de vie familiale ;

capables de s’adapter,

mais nous évaluons principalement ce qu’ils savent déjà.

Il existe donc une contradiction profonde.

Nous préparons parfois les enfants à réussir l’école, plutôt qu’à réussir leur vie.

 

30. Et si la véritable réforme scolaire était beaucoup plus profonde ?

Réformer l’école ne signifie pas seulement changer les programmes.

Cela signifie changer notre définition du succès.

Aujourd’hui, nous demandons souvent :

« Combien de points a obtenu cet élève ? »

Demain, nous devrions demander :

« Que sait-il faire ? »

Nous demandons :

« Dans quel classement se trouve ce pays ? »

Nous devrions demander :

« Que deviennent ses enfants une fois adultes ? »

Nous demandons :

« Combien d’heures les élèves travaillent-ils ? »

Nous devrions demander :

« Combien de ces heures produisent réellement de l’apprentissage ? »

Nous demandons :

« Quelle est la meilleure école ? »

Nous devrions demander :

« Quelle école permet à un être humain de devenir pleinement capable de construire sa propre vie ? »

 

Conclusion : le meilleur système scolaire est peut-être celui qui n’oublie jamais que l’élève est un être humain

La meilleure école du monde n’est probablement ni la Finlande, ni Singapour, ni la Corée du Sud, ni le Japon, ni l’Estonie.

Parce qu’aucun pays ne possède actuellement la réponse parfaite.

La Finlande peut nous inspirer sur certains aspects.

Singapour sur l’exigence académique.

L’Estonie sur le numérique.

Le Japon sur certains aspects de la culture collective et du fonctionnement scolaire.

La Corée du Sud sur la puissance de l’investissement éducatif — mais aussi sur les dangers potentiels d’une compétition excessive.

Et certaines régions du monde nous rappellent une vérité encore plus fondamentale :

avant de chercher l’école parfaite, il faut déjà garantir à chaque enfant l’accès à une éducation de qualité.

Mais le futur système scolaire pourrait aller plus loin.

Il pourrait prendre le meilleur de ces expériences sans copier leurs excès.

Il pourrait être exigeant sans être brutal.

Ambitieux sans être obsédé par le classement.

Scientifique sans oublier l’humain.

Technologique sans abandonner les relations humaines.

Personnalisé sans renoncer à une culture commune.

Attentif à la biologie sans enfermer les enfants dans des stéréotypes.

Il pourrait comprendre qu’un adolescent privé de sommeil n’est pas simplement un élève paresseux.

Qu’un enfant qui apprend différemment n’est pas nécessairement moins intelligent.

Qu’un garçon et une fille peuvent avoir certaines différences biologiques sans que leur avenir soit écrit à l’avance.

Qu’un échec n’est pas forcément une catastrophe.

Qu’un diplôme n’est pas une personnalité.

Et qu’une note ne mesure jamais la valeur d’un être humain.

 

Le véritable objectif de l’école

Peut-être faut-il finalement renverser complètement notre manière de penser.

L’école ne devrait pas avoir pour objectif ultime de produire de bons élèves.

Elle devrait produire des êtres humains capables.

  • Capables de comprendre.
  • Capables d’apprendre.
  • Capables de travailler.
  • Capables de créer.
  • Capables de prendre soin de leur corps.
  • Capables de gérer leurs émotions.
  • Capables de gérer leur argent.
  • Capables de vivre avec les autres.
  • Capables de prendre soin d’une famille s’ils choisissent d’en construire une.
  • Capables d’affronter l’échec.
  • Capables de changer.
  • Capables de penser sans qu’une machine pense systématiquement à leur place.

Et surtout :

capables de continuer à apprendre lorsque l’école est terminée.

Car le meilleur indicateur d’un système éducatif n’est peut-être pas ce que l’enfant sait lorsqu’il quitte l’école.

C’est ce qu’il devient vingt ans après.

Et si la véritable question n’était donc pas :

« Quelle est la meilleure école du monde ? »

Mais :

« Quelle société voulons-nous construire, et quel type d’être humain voulons-nous que notre école aide à devenir ? »

C’est peut-être à partir de cette question que devrait commencer la prochaine grande révolution éducative.

 

Sources et références

Sommeil et horaires scolaires

Pression scolaire et santé mentale

  • Revue systématique sur la pression académique et la santé mentale des adolescents.

Corée du Sud

  • OCDE — Korea’s Unborn Future.
  • OCDE — données sur le soutien scolaire privé, les dépenses d’éducation et la fécondité.

Afrique subsaharienne

  • UNESCO — données sur l’accès et l’achèvement scolaire.
  • Banque mondiale — données démographiques et éducatives.

Filles, garçons et enseignement séparé

  • Publications scientifiques sur les différences de développement et l’enseignement mixte/séparé.

 

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